COLLOQUE DE TOURS 7 AVRIL 2018

Matthieu 25, 1-13

Et si l’huile n’était qu’un trompe l’œil ? Et si l’huile était comme le chapeau de Saint Exupéry pour le petit prince ?

Vous savez ce fameux chapeau dessiné, qui n’en est pas un,  et qui finalement représente un serpent qui a mangé un éléphant…

Communément, on entend les qualificatifs d’insensées et d’avisées en fonction de cette huile : sont avisées celles qui ont de l’huile et sont insensées celles qui manquent d’huile.

Je vous invite à repenser à ce chapeau qui n’en est pas un ou bien encore à cette boite dessinée par l’aviateur qui est pour le petit prince le mouton idéal.

A échelle d’adulte on ne voit que la boite, et pourtant ce dessin suscite l’imagination, les rêves d’un enfant éveillé à la vie, à la rencontre.

Une réalité plus prégnante, que celle de l’huile, peut se cacher.

Ces dix jeunes filles, pas seulement les plus sages, mais toutes, représentent l’image du Royaume.

L’image des sages et des plus folles réunie est là : elles forment un peuple celui de Dieu.

Ni meilleure ni pire que le reste de l’humanité ces jeunes filles sont à l’image de nos Eglises, où se côtoient des personnes très différentes et pourtant unies par la même attente, le même désir de vivre en compagnie de Dieu, de sa Parole.

Aucune condamnation morale n’est prononcée en ce début récit, elles sont justes décrites pour ce qu’elles sont avisées ou bien insensées. Et cela n’est ni bien, ni mal.

L’essentiel est ailleurs…

Pourtant une distinction finie par arrivée : les filles dites insensées se focalisent sur cette seule réalité du manque d’huile. Elles courent chez le marchand et manque la Rencontre.

Pas d’imagination, pas d’autres moyens pour faire la rencontre de leur vie, que de combler le manque, que de vouloir gommer leurs failles, leur faiblesse.

La part d’enfance, le petit prince qui réside encore en chacun de nous peut nous interroger, comme il le fit avec le renard :

« Que veut dire veiller ? Pourquoi courent-elles autant pour cette huile ? »

Elles courent de peur de ne pas avoir assez d’huile pour être aimés. Elles courent pensant que  le manque qu’elles ressentent partira chez le marchand. Les gens courent acheter des choses toutes prêtes, ils ne prennent plus le temps de la rencontre.

Mais comme il n’y a pas de marchand qui peut vendre «  Dieu », le vivant, le Christ, les gens n’ont plus de Dieu dans leur vie ! Et cela les rend fous, tristes, désespérés, incapables de se satisfaire de ce qu’ils ont car il n’y en a jamais assez.

« Mais alors que veut dire « veiller»? Que faut-il faire ? » Redirait le petit prince …

Les sages, elles s’en moquent de tout cela, et ce n’est pas leur ration d’huile qui les rend meilleures ! Elles se montrent effectivement peu enclines au partage et à la solidarité.

Elles ne sont pas au dessous des autres. Mais elles restent en veille, prêtes à la rencontre malgré leur faute, malgré leur erreur, elles ont la certitude, ou du moins l’envie d’être aimées par celui qui leur ouvrira la porte.

Désirer la rencontre au-delà de tout nos manquements est peut être là,  notre bien le plus précieux.

Si le petit prince avait eu une conversation avec Dieu, peut être que Dieu aurait fini par lui dire: « veille sur moi, s’il te plait ».

Et de là serait née une belle amitié, des échanges porteur de sens et d’espérance, de là serait née une Rencontre pour la Vie.

Pour conclure, le renard, aurait certainement rappelé au Petit prince :

« Le secret de Dieu est très simple : il ne rêve que d’un monde en veille, prêt à l’accueillir et l’aimer comme il le demande »

Chers frères et sœurs, ne doutons pas de nos moyens, ils sont assez suffisants pour être aimés de Dieu, ne doutons pas de nos moyens, ils sont assez larges pour vivre ensemble de cette Parole qui nous fait vivre et espérer : «  Là ou deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » a dit notre Seigneur.

Amen