Lettre ouverte de Jean-Louis NOSLEY

Suite au Synode national de Sète

Suite à la Décision synodale du Lazaret, « BENIR. Témoins de l’Evangile dans l’accompagnement des personnes et des couples », le président du conseil presbytéral de l’Eglise protestante unie – communauté de Robinson, a instamment demandé à ce que sa lettre soit envoyée à tous les présidents de conseils presbytéraux.

Au terme d’un dialogue, il a été finalement convenu qu’elle transiterait par l’Envoi du Jeudi, et non par un envoi indépendant, mais avec des éléments de réponse ci-après qui ont fait partie du dialogue préalable, et dont les éléments pastoraux et personnels n’ont pas été reproduits.

            J’invite celles et ceux qui souhaitent dialoguer à le faire directement avec la personne concernée.

Bertrand de Cazenove

 

 

Pourquoi j’ai mal à mon Église

Au lendemain du vote au synode national de Sète, l’idée de présenter ma démission de président du conseil presbytéral m’a effleuré. Je ressentais une profonde souffrance. Un vote positif dans une telle proportion (94 contre 3), inédite dans l’histoire du Protestantisme français me laissait songeur, tant il était si peu représentatif des débats au sein des paroisses comme dans les synodes régionaux.

Ces débats avaient été animés, les positions étaient tranchées, loin de dégager une écrasante majorité à l’exemple de la région réformée parisienne où le texte des rapporteurs avait été largement amendé et de plus accompagné d’un addendum exprimant le point de vue opposé, lequel avait été défendu par de nombreuses voix à ce synode. Il me semble qu’il en est allé de manière assez semblable dans les autres synodes régionaux.

Tout ceci me parait avoir été passé par pertes et profits au synode national. Aux dires de l’interview le lendemain du Président Schlumberger par une journaliste de télévision, lors des débats à Sète, des sophismes qui laissent les bras ballants ont été prononcés comme : « Faut-il attendre que les homosexuels soient morts pour les bénir ? », comme si un pasteur ne bénissait pas toute son assemblée au moins une fois par culte.

Certes, des concessions de forme sont faites au paragraphe 4.2.1. de la décision ou « Le Synode prend acte des positions diverses qui se sont fait entendre à ce propos au sein de l’Église Protestante Unie au cours de la démarche synodale… ». Le paragraphe 4.2.2. qui énonce la décision dit : « Il (le Synode) ouvre la possibilité… de pratiquer une bénédiction liturgique des couples mariés de même sexe… ». Possibilité nous dit-on et non obligation. Mais la partie 5. « Coordonner nos pratiques » laisse songeur : de quelle liberté seront sensées disposer les paroisses s’il faut se donner les moyens de coordonner les pratiques (5.1.) ? Il est question au 5.2. que le ministre et le conseil presbytéral s’accordent sur le principes de telle bénédictions liturgiques à l’occasion d’une première demande. Devront-ils statuer à chaque demande ? Le 5.3 dit : « Le Synode décide de la création d’une part d’une « Équipe d’accompagnement des bénédictions » et d’autre part d’une « Équipe liturgique pour les bénédictions »… ». Que signifient ces deux instances verticales qui à mon entendement contreviennent au principe presbytérien-synodal ? Je rappelle que le synode régional parisien avait rejeté, ainsi que le CP de Robinson, une instance de même type. Serait-ce une manière d’amener progressivement les paroisses réticentes à accepter le principe des bénédictions de couples de même sexe ?

La lettre d’accompagnement du modérateur et du Président du Conseil National dit : « Cette décision intervient au terme d’un processus synodal de plus de 18 mois, ouvert sur un thème large (« Bénir. Témoins de l’Évangile dans l’accompagnement des personnes et des couples ») et qui s’est progressivement concentré… sur la question des couples mariés de même sexe. » C’est hypocrite : les documents de travail qui nous ont été distribués nous amenaient très vite à débattre de ce dernier sujet.

L’impression qui se dégage est que la décision était courue d’avance comme si les débats la précédant n’avaient servi à rien. Peut-on parler de disfonctionnement de notre système presbytérien-synodal ? Je n’hésite pas à répondre oui. Où est la sagesse dont ont fait preuve nos frères et sœurs de l’Union des Églises Protestantes d’Alsace-Lorraine qui se sont donné un délai pour poursuivre la réflexion sur ce sujet qui touche au plus profond de notre conception de l’être humain ? Où est la sagesse de la Fédération Protestante de France qui, dans sa déclaration du 12 octobre 2012, tout en condamnant sans équivoque l’homophobie, pointait les risques de confusion dans la symbolique sociale encourus avec la loi « Mariage pour tous » ?

Sommes-nous église tous seuls ? Déjà, nos relations avec nos frères Catholiques risquent d’être soumises à de fortes contraintes, sans parler de la décision du Patriarcat de Moscou de rompre les relations avec l’Eglise protestante unie de France. Nombres d’églises africaines issues du dévouement de missionnaires du pays de Calvin expriment leur incompréhension. Nombre de nos frères évangéliques qu’avec beaucoup de patience nous tentions de convaincre que leurs craintes d’une « arrogance » de la part des protestants historiques réalisant leur union étaient infondées ne sont pas loin de penser que cette décision leur donne raison. Ce n’est pas en répondant avec un sourire à la question d’une journaliste sur ce que serait la position des autres églises protestantes opposées à une telle décision « C’est à elles qu’il faut poser la question » que nous les rassurerons.

Plus grave encore, certaines paroisses de notre église sont maintenant tentées de s’en séparer. Est-ce vraiment cela que nous cherchions après un long processus aboutissant à l’union des Réformés et des Luthériens ? Notre église qui, au cours de son histoire, a tant contribué spirituellement en France et au-delà, mérite bien plus que cela. Tout bien considéré, je ne présente pas ma démission. Je ne quitte pas le navire. Je considère, que face à ce disfonctionnement de notre système presbytérien-synodal, notre paroisse (et d’autres) serait fondée à décider de ne pas appliquer la décision synodale tout en protestant de notre appartenance à l’Église Unie.

Jean-Louis Nosley,

Président du Conseil Presbytéral de la paroisse réformée de Robinson

de l’Église Protestante Unie de France

 

 

Quelques éléments de dialogue :

 

… Ne conviendrait-il pas de distinguer le trouble que suscite chez certains la décision elle-même, d’une impression de disfonctionnement ?

 

S’il y a eu effectivement 94 voix pour et 3 contre sur 105 membres à voix délibératives, il a aussi manqué 8 voix, en fait 7 abstentions (chiffre confirmé par d’autres votes sans enjeu où l’on retrouve ces 7 voix). S’abstenir, dans ce contexte, c’est ne pas approuver la proposition d’un texte qui va trop loin, et non l’inverse, considérant que la décision est d’importance (de fait, sans jugement de valeur). Cela fait donc 10 délégués, et cela nous ramène proche de la proportion du synode régional région parisienne de « contre ».   

Une relative unanimité n’est d’ailleurs pas étrangère à la très longue histoire de nos synodes de la Réforme en France, depuis celui que l’on considère comme ayant été le 1er, en 1559. Si certaines décisions ont été prises avec une relative justesse, comme l’accession au ministère féminin en 1965 (47 voix contre 38), d’autres ont été prises à l’unanimité – et c’est plutôt réjouissant qu’inquiétant ! Citons par exemple, encore récemment, la décision de 2005 : « Confesser Jésus-Christ dans une société laïque. Qu’est-ce qui fait autorité dans notre vie ? ».

On peut aussi entendre que des délégués, tous issus d’une Eglise locale comme laïcs ou ministres (les présidents de CR et du CN ne votent pas au synode national) et ayant cheminé pendant des mois, dans l’écoute et la prière, dans un esprit de soumission mutuelle conformément aux engagements liturgiques qu’ils ont pris, en viennent à une relative unanimité qui ouvre une possibilité qui n’est imposée ni aux Eglises locales ni aux ministres. Chaque délégué a voté en son âme et conscience, éclairé par les rapports synodaux, les débats et l’aumônerie (prière, écoute de la Parole de Dieu et invocation à l’Esprit Saint), qui cette année fut assurée par les diaconesses de Reuilly.

Le débat s’est focalisé sur la bénédiction de couples de même sexe non pas à cause des documents synodaux mais parce que des synodes régionaux, avec insistance et depuis des années, ont posé la question des couples de même sexe, ce qui a amené le conseil national à saisir le synode national, via les synodes régionaux. Ne l’aurait-il pas fait, il aurait été légitime de lui reprocher de ne pas respecter le régime presbytérien-synodal.

En ce qui concerne les 2 équipes, notons que celle qui était conçue comme équipe de régulation a été transformée, notamment suite au synode RP, en équipe d’accompagnement, c’est à dire en équipe disponible pour venir aider des Eglises locales et ministres à traiter des difficultés éventuelles. Ensuite l’équipe liturgique a pour fonction de travailler à la possibilité d’une liturgie commune et cohérente. Comme toutes les équipes de l’Union (dénommées au fil des siècles : colloques, commissions, cellules, coordinations, etc.), ces 2 équipes sont composées de membres d’Eglises locales, et ne contreviennent pas au presbytérien-synodal qui les met en place, les nomme, les contrôle, les évalue, les renouvelle ou les supprime.

Le dialogue et la vie œcuménique dans notre Eglise et avec les autres Eglises se poursuivent comme en témoignent bien des témoignages et déclarations (cf. celle de la FPF et de la coordination évangélique -le Patriarcat de Moscou n’a jamais été en relation avec l’ERF-EELF-EPUdF, n’est pas membre du Conseil Œcuménique des Eglises, et est en conflit avec les autres patriarcats orthodoxes)…         

BdC

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Publié le 08 juillet 2015