Message synodal du président du conseil régional


Message du pasteur Gilles Pivot, président du conseil régional Provence-Alpes-Corse-Côte d’Azur – Martigues 2011
Sur le chemin, Dieu t’appelle ! Cette parole a retenti à maintes reprises le 28 mai dernier à La Castille, sous le chapiteau, dans les ateliers, dans les carrefours ou encore au cours du culte et même dans le chant des gospels du soir. Sur le chemin, Dieu t’appelle ! Nous avions choisi de placer ces quelques mots en exergue de notre rassemblement régional et c’est un millier de participants, venus de toutes les Eglises de la région, qui ont été invités, chacun et chacune, à entendre cette parole, à la recevoir comme si elle leur était personnellement destinée, à la laisser résonner en eux et à se laisser questionner par elle. Pour les organisateurs du GR 28, ce n’était pas un simple slogan ni même un thème sélectionné parmi d’autres mais bien une conviction profonde qu’ils voulaient partager avec tous, une certitude ancrée en eux et dont ils voulaient rendre témoignage, en un mot : une confession de foi. Nous croyons avec force que sur les chemins de nos vies personnelles (riants ou sombres dit un cantique) comme sur les chemins qu’empruntent nos vies d’Eglise, Dieu se tient et nous appelle. Je n’ai pas besoin, frères et sœurs qui êtes ici, pasteurs, conseillers presbytéraux, trésoriers, catéchètes, responsables de diaconats, d’insister sur cette affirmation : sur nos chemins, Dieu se tient et nous appelle. Si vous êtes ici aujourd’hui, si vous vous êtes mis au service de l’Eglise et de sa mission avec l’intensité d’engagement qui est la vôtre, c’est bien parce que vous partagez déjà cette conviction ; c’est parce qu’un jour, dans votre existence, sur votre chemin, un appel vous a été adressé, un appel vous a rejoint, un appel vous a saisi. Vous avez cru qu’il venait de Dieu et vous y avez répondu. Et cet appel s’est renouvelé pour vous comme pour moi, au gré des événements et des étapes qui ont ponctué notre parcours de serviteurs, attestant ainsi de l’indéfectible fidélité de Dieu. Sur le chemin, Dieu t’appelle ! D’autres aussi. D’autres que nous bien sûr ont reçu cet appel : ouvrez votre Bible, revisitez l’histoire de l’Eglise, regardez autour de vous dans votre paroisse… Une multitude d’hommes et de femmes ont entendu cet appel et l’ont pris au sérieux, en ont accepté les risques, le saut dans l’inconnu, le bouleversement radical d’une destinée qui semblait tracée d’avance, faisant le choix de l’obéissance et de la confiance. Nous pouvons évoquer ici quelques-uns de ceux-là. Leur vie de serviteurs sur la terre s’est achevée au cours de l’année écoulée mais ils savent maintenant, dans l’éternité de Dieu, qu’ils n’ont pas cru en vain et ils perçoivent combien l’appel auquel ils ont répondu les a conduit sur le chemin de la vérité avec le Christ pour compagnon de marche : les pasteurs à la retraite Michel Reymond qui résidait à Salon de Provence et Jacques Lugbull qui s’était installé à Sanary-sur-Mer après un dernier ministère à Nice et que beaucoup parmi nous ont côtoyé jusqu’à ces dernières années au stand Biblia du synode régional, mais encore Madame Juliette Contandriopoulos, ancienne présidente du conseil presbytéral de Marseille Sud-Est et Monsieur Alain Rosier, longtemps délégué au synode, membre actif de la coordination régionale, prédicateur laïc engagé dans le service diaconal de la paroisse de Vence. A ces visages connus s’ajoutent ceux de parents et d’amis, de frères et de sœurs, qui nous ont quittés récemment et qui ont été, dans nos familles ou dans nos Eglises locales, les témoins d’une foi authentique, enracinée dans un appel entendu. Par leur vie rayonnante, par leur engagement sans faille, à travers une parole, une question, un geste, un regard, beaucoup ont relayé pour nous l’appel que Dieu nous destinait et assumé par là même ce qui me paraît être une mission essentielle et peut-être première de l’Eglise. Un appel à relayer. La prédication de la bonne nouvelle annonce l’amour de Dieu et sa grâce inconditionnelle qui libère chaque homme, chaque femme, chaque jeune, d’avoir à faire la preuve de leurs qualités et de leur valeur. Elle a aussi pour fonction, dans sa forme et sur le fond, de relayer sans cesse l’appel que Dieu leur adresse en Jésus-Christ à devenir disciples et à s’engager sur le chemin du service. Mais croyons-nous vraiment que nous sommes autorisés à donner à notre prédication cet aspect insistant et percutant ? Nous avons pris l’habitude de dire que notre rôle se résume à être des semeurs, qu’il nous faut prêcher l’Evangile mais qu’il appartient ensuite au Saint-Esprit et à lui seul, de faire germer la graine, où il veut, quand il veut et comme il veut. C’est vrai, le Saint-Esprit est à l’œuvre et il sait mieux que nous ce qu’il doit faire. Mais devons-nous pour autant nous réfugier en permanence derrière cet argument théologique de poids mais encore derrière l’excuse du respect de la liberté individuelle, du temps nécessaire qu’il faut prendre pour vérifier le bien-fondé de ce qui pourrait être un signe de Dieu, du discernement ultra-prudent qui réclame toujours une confirmation de plus, pour éviter d’affirmer haut et clair que le Dieu de la Bible est d’abord et avant tout un Dieu qui appelle ? Certes, il ne s’agit pas de promouvoir dans notre Eglise les méthodes de ces prédicateurs ou de ces évangélistes qui désignent nommément tel ou tel dans une assemblée au bord de l’extase, et leur intiment l’ordre de se lever pour suivre Jésus. Mais ne pas oser dire Dieu appelle, et même : Dieu t’appelle, c’est se résigner à ne jamais parler de vocation ou bien à limiter le sens de ce terme à l’usage qu’en font nos contemporains lorsqu’ils désignent des personnes un peu hors normes, détachés d’une existence confortable à laquelle ils pourraient prétendre par ailleurs et qui se sacrifient au nom d’un idéal, d’une valeur supérieure ou d’une foi qui les oblige : médecin généraliste au fin fond d’une campagne déshéritée, professeur des écoles dans une classe de 40 élèves, chercheur dans un laboratoire sans le sou, prêtre ou pasteur ayant à desservir un territoire grand comme deux départements… c’est ça une vocation ! Du moins dans l’imaginaire collectif. Vocations. A la suite des Réformateurs, nous avons fortement mis en avant le principe du sacerdoce universel et donc de la vocation que tout chrétien reçoit, sans distinction et quelque soit la fonction qu’il occupe par ailleurs au sein de son Eglise. Cette vocation s’exerce bien sûr dans la communauté des croyants mais également de la même manière, avec la même rigueur, les mêmes exigences, dans toutes les dimensions de la vie séculière ou profane : le milieu professionnel, la cellule familiale, l’espace public et citoyen. Et puisqu’en protestantisme il n’y a pas de niveau hiérarchique qui placerait une vocation particulière au-dessus d’une autre, c’est sans hésitation que je veux évoquer dans ce message la vocation pastorale. Le pasteur Laurent Schlumberger nous l’a dit au GR 28 et il l’a répété dans son message au synode national d’Orléans, « à l’échelle d’une génération, le nombre des ministres au service de l’Evangile dans notre Eglise est stable. Il y a des hauts et des bas, des périodes d’expansion et d’autres de tassement, mais la tendance constatée est à la stricte stabilité (….) Cette réalité est réjouissante au regard de ce que l’on constate dans de nombreuses Eglises qui connaissent parfois de graves « crises de vocations » comme on dit. Elle est réjouissante si l’on veut bien se rappeler nos propres craintes d’il y a 20 ou 30 ans, lorsque nous étions facilement persuadés que le nombre de ministres ne pourrait que se réduire dramatiquement ». Mais le président du conseil national pondérait aussi son optimisme, « n’oubliant pas un seul instant qu’il manque environ 10% de ministres pour que les postes soient correctement pourvus dans notre Eglise. Lorsqu’un poste n’est pas pourvu, ajoutait-il, c’est un manque à 100% pour l’Eglise locale concernée. Et lorsque cette vacance dure au-delà d’une année ou revient trop fréquemment, le conseil presbytéral et le conseil régional sont alors à la peine, et la réalité globale, encourageante, s’efface devant les difficultés locales, angoissantes ». Ce constat s’applique à notre situation régionale. En PACCA cette année, 4 postes sur 30 sont vacants auxquels il nous faudrait ajouter 2 autres postes que nous avons « gelés » depuis plusieurs années estimant qu’il fallait donner la priorité aux Eglises locales qui ne bénéficiaient pas déjà d’un second poste. Certes, 26 postes à rémunérer c’est aussi le maximum de nos capacités financières. Nous l’avons dit, nous l’avons écrit, et je sais que chaque trésorier, chaque conseiller presbytéral, chaque ministre, en est largement conscient. Les efforts importants consentis par une grande majorité des Eglises locales qui ont accepté une augmentation non négligeable de leurs contributions en 2011 et aussi pour 2012, comme la régularité avec laquelle elles veillent à effectuer des versements au compte régional, manifeste un véritable esprit de responsabilité et solidarité. Nous devons rester mobilisés et le souci de l’animation financière doit demeurer pour nous tous une préoccupation permanente. Mais les limites de nos ressources n’expliquent pas à elles seules nos difficultés à pourvoir les postes vacants, et si nous en avions les moyens nous ne pourrions pas satisfaire les attentes des Eglises plus facilement, faute de pasteurs en nombre suffisant. Se pose donc ici une question qui nous concerne tous : si nous avons vraiment la conviction, comme nous l’affirmons volontiers à chaque synode ou presque, que Dieu appelle pour le service de son Eglise les ministres dont elle a besoin, prenons-nous au sérieux notre responsabilité qui consiste à relayer l’appel de Dieu et à le relayer avec insistance, sauf à penser que 26 pasteurs pour notre région cela correspond effectivement à nos besoins ? Pasteur, pourquoi pas toi ? Je pense particulièrement aux jeunes de nos paroisses. Dans notre région, ils sont trois à avoir entrepris des études de théologie : Héloïse Deuker, Lauriane Cronfald, et Noé Walter. Nous pouvons être reconnaissants, et si je vous donne leurs noms c’est parce que je souhaite que vous les portiez fidèlement dans votre prière afin qu’ils soient encouragés dans leurs études et confortés dans l’appel qu’ils ont reçu. Mais d’autres jeunes pourraient très certainement suivre leur cheminement si nous leur offrions cet espace indispensable, ces lieux privilégiés où l’appel de Dieu pourrait être relayé et entendu. Combien de pasteurs en activité aujourd’hui, et bien entendu de fidèles engagés je ne les oublie pas, ont reçu leur vocation dans des groupes de jeunes, des week-ends et des camps où ils ont côtoyé des aînés dans le ministère ou des « piliers d’Eglise » enthousiastes, épanouis et habités par une foi débordante et enthousiasmante ? De même, nous venons de fêter le centenaire du scoutisme unioniste. A cette occasion, le journal Réforme, Présence protestante, le site internet des EUdF, n’ont pas manqué de citer un ancien Premier ministre, un ambassadeur de France, un secrétaire d’Etat, un député européen, des grands patrons, le directeur de l’information d’une chaîne publique, la directrice du Théâtre de la Criée à Marseille… qui ont forgé leurs sens des responsabilités et leur goût de l’initiative en fréquentant le scoutisme protestant durant leur jeunesse. Etonnamment, ces médias ont passé sous silence les innombrables vocations pastorales nées dans ce mouvement d’éducation populaire et fondé sur l’Evangile. Nous pouvons alors légitiment nous interroger : si ces groupes et mouvements de jeunes ont eu et ont encore un tel impact sur la dynamique de nos Eglises, cela ne justifierait-il pas parmi d’autres choses « de bâtir, dans chaque paroisse, un projet jeunesse s’inscrivant dans le projet de vie de l’Eglise locale en profitant de l’apport des diverses générations ; de nommer un membre du conseil presbytéral coordonnateur de l’animation jeunesse locale ; de penser la dimension jeunesse dans tous les cultes ; de faciliter la prise de parole et de responsabilité des jeunes dans la vie ecclésiale et diaconale ; d’encourager la création de groupes locaux de scoutisme et de rechercher activement des solutions pour trouver des locaux adaptés à ces créations… » ? Ce ne sont pas des propositions qui me sont venues à l’esprit au moment de préparer ce message, je ne fais que citer les orientations fixées par le synode national d’Orléans en juin dernier à l’intention des Eglises locales et des pasteurs. Avez-vous pris connaissance de ces directives dans votre conseil presbytéral et quelles suites leur avez-vous données ? Je vous rappelle en passant que chaque Eglise est soumise aux décisions des synodes et doit veiller à leur mise en œuvre. Evidemment cela implique, pour ce qui nous concerne, des choix de priorités et d’investissements humains et financiers à tous les niveaux, local, consistorial et régional. Demain matin dans le temps que nous leur avons réservé, les responsables de la commission régionale jeunesse voudront probablement envisager avec nous quelques perspectives en ce sens et faire des propositions concrètes pour les mois et les années qui viennent. Il nous faut à ce sujet assumer tous notre part de responsabilité puisque nous ne sommes pas parvenus à motiver plus de 20 jeunes pour participer à « l’Entre-deux Kifs » alors que les régions Cévennes-Languedoc-Roussillon et Centre-Alpes-Rhône en réunissaient plus de 200. Il faut aussi nous demander pourquoi, alors que les synodes réclament régulièrement l’organisation d’une « journée des vocations », celle-ci n’est jamais le thème d’une journée d’Eglise et pourquoi le matériel produit, je pense au DVD « Pasteur, pourquoi pas toi », n’est jamais présenté.Une autre manière de dire à des jeunes : sur le chemin, Dieu t’appelle, et de laisser la porte ouverte pour que cet appel puisse, un jour peut-être, déboucher sur un ministère pastoral, c’est d’être nous-mêmes profondément convaincus qu’il s’agit là d’un très beau métier et savoir le manifester par nos attitudes et par nos paroles. C’est par exemple pour des parents ne plus fusiller du regard celui qui ose demander affectueusement à leur fils ou à leur fille si l’envie d’être pasteur ne les a jamais effleurés. C’est aussi pour les pasteurs, cesser de critiquer en permanence les conditions d’exercice du ministère : certes, ce n’est pas tous les jours facile et il arrive que nous ayons notre croix à porter mais nous côtoyons chaque jour des hommes et des femmes qui connaissent des difficultés identiques, voire bien plus grandes, dans leur vie sociale et professionnelle. Mais c’est encore pour des conseillers presbytéraux, ne pas laisser entendre que tout serait plus simple si l’Eglise locale fonctionnait comme leur entreprise et si le pasteur notamment se coulait sans discuter dans un moule prédéfini qui ne lui donne pas l’opportunité de faire preuve d’originalité et de prendre des initiatives intempestives. Je laisse ces quelques remarques à votre méditation. Pour Dieu, il n’y a pas d’âge. Mais c’est précisément parce que le ministère pastoral leur est apparu comme un lieu où ils pouvaient joyeusement servir la Parole de Dieu et prêcher l’Evangile du salut, partager avec d’autres le plaisir de lire la Bible et de prier, connaître la satisfaction du témoignage qui porte ses fruits là où on s’y attend le moins et le bonheur de découvrir, au détour d’une conversation, que l’on a été pour tel ou tel l’humble relais de l’appel de Dieu, que les trois derniers ministres que nous avons accueillis dans notre région ont fait le choix d’un engagement dans l’Eglise réformée de France après une toute autre vie professionnelle, parfois longue pour certains d’entre eux : Giovanni Musi dont la reconnaissance de ministère a eu lieu il y a un mois, Lilian Seitz qui poursuit sa deuxième année de proposanat et Bernard Mourou qui vient de le commencer dans la paroisse de Haute-Provence et qui participe pour la première fois à notre synode. Sur le chemin, Dieu t’appelle… et pour Dieu, il n’y a pas d’âge. La Bible ne manque pas d’exemples qui nous montrent des hommes et des femmes appelés en pleine jeunesse : souvenez-vous de Samuel, de David, de Marie, de Timothée, mais n’oubliez pas non plus qu’Abraham avait 75 ans lorsqu’il a quitté le pays d’Haran sur l’ordre de Dieu, et que Noé, lorsqu’il a entendu l’appel de Dieu à entrer dans l’arche, avait… 600 ans ! Pour Dieu il n’y a pas d’âge et j’ai la conviction qu’avec un peu de clairvoyance exercée ensemble, une bonne dose de confiance et un brin de délicatesse, nous saurions trouver les mots justes qui ne manqueraient pas d’interroger, à tel ou tel moment de leur parcours professionnel, quelques personnes par ailleurs solidement engagées de nos Eglises locales. Peut-être n’ont-ils jamais pensé ni même osé imaginer qu’ils pourraient servir l’Eglise différemment et s’orienter vers un ministère. Dieu attend peut-être avec impatience que son Eglise relaie là aussi, son appel.Rencontre de l’autre. Bien évidemment, pour notre Eglise qui reste fidèle à ses grands principes théologique fondateurs, l’annonce de l’Evangile est une responsabilité qui n’incombe pas aux seuls pasteurs mais que tous partagent : le prédicateur laïc, la monitrice d’Ecole biblique, l’animateur du groupe de jeunes, le visiteur d’hôpital ou de prison, et même l’ancien qui n’a plus la force de s’engager dans une action concrète mais qui porte fidèlement la communauté et son service dans la prière. C’est toute la communauté qui doit se mettre en ordre de marche pour assumer la mission que le Christ lui confie et relayer l’appel de Dieu. Mais en même temps nous mesurons nos limites et nos fragilités, nos faiblesses et nos insuffisances. Et pas seulement lorsque nous nous trouvons dans une Eglise locale en situation de vacance pastorale mais aussi quand nous évaluons lucidement les forces vives sur lesquelles nous pouvons compter, y compris dans les grandes villes. Il est temps alors de se demander si notre organisation ecclésiale et nos structures paroissiales telles qu’elles existent depuis plusieurs décennies, sont toujours pertinentes dans la réalité sociale et humaine d’aujourd’hui. N’y a-t-il pas d’autres façons de vivre l’Eglise et des frontières à déplacer ? Au cours de cette session, nous allons prendre notre part à l’élaboration des textes constitutionnels, des règlements et des statuts de l’Eglise protestante unie. C’est une étape importante après l’étude de ces documents par les conseils presbytéraux et avant leur adoption par les synodes nationaux. Pour certains c’est : « administratif et rébarbatif ! » ou encore « une affaire de spécialistes de la Discipline, du droit des cultes et de la loi de 1905 », « des procédures à mille lieux de l’Evangile »… je cite des remarques entendues ici et là. Bien sûr, dans le processus qui a été engagé il y a un aspect juridique et administratif. Mais il faut aussi mesurer combien ce travail de rapprochement institutionnel entre deux Eglises a déjà produit du fruit en abondance. Outre une connaissance réciproque qui nous faisait défaut, nous avons infiniment renforcé nos liens fraternels et approfondi notre désir de témoigner ensemble ; nous avons découvert chez l’autre des valeurs et des richesses qui vont sans nul doute renouveler notre foi et notre piété, notre manière de lire la Bible, de vivre la liturgie et de célébrer le culte ; nous avons vérifié qu’il était possible d’être une Eglise unie tout en maintenant des traditions et des pratiques propres à chaque tradition : c’est cette diversité qui fait la beauté l’Eglise de Jésus-Christ. Joël Dautheville, notre aumônier, aura l’occasion de vous le confirmer : cette démarche initiée en vue de l’Eglise unie est porteuse de bénédictions bien au-delà de ce que nous aurions pu imaginer. Pourquoi n’en irait-il pas de même au niveau régional si nous nous engagions sur un chemin parallèle qui viserait à sortir nos communautés locales de leurs habitudes immuables, de la tentation du « chacun chez soi », du refus de se départir de quelques prérogatives pour les octroyer à d’autres ? Notre organisation en consistoires peut s’inscrire dans cette perspective. Elle permet une vie intense de la pastorale : c’est indispensable. Elle facilite aussi la communication entre les différentes Eglises locales d’un même secteur géographique et donne l’occasion de programmer des actions communes ponctuelles. Mais il est souvent difficile d’aller beaucoup plus loin. D’une façon générale, un conseil presbytéral reste focalisé sur ses priorités et sur l’animation d’un espace paroissial. Tout entier tourné sur lui-même, il ne pense que très rarement à partager ses propres préoccupations avec le conseil presbytéral voisin. Depuis combien de temps n’avez-vous pas eu une réunion commune de votre conseil avec celui de l’Eglise d’à-côté ? Depuis deux ans ? Depuis cinq ans ? Depuis 1938 ? J’exagère à peine !Place à l’innovation. La situation de notre région que j’ai évoquée plus haut, les limites financières et le manque de ministres, nous contraignent à repenser nos modes de fonctionnement pour qu’ils soient au service de projets communs adaptés à nos moyens. Il nous faudra de toute évidence redéployer différemment nos forces et revoir la répartition des lieux où nous devons et pouvons être présents sur le territoire régional. C’est le sens de la lettre qu’un conseil presbytéral a adressée récemment au conseil régional : « Nous vous exhortons à poursuivre la réflexion que vous avez entreprise sur le pourvoi des postes. Envisager comme seule variable d’ajustement à la baisse des postes pastoraux pourvus, l’accroissement de la durée de vacance de poste ne nous paraît pas être suffisant. Nous aimerions que plusieurs scenarii soient étudiés par le conseil régional, aussi bien sur un meilleur équilibre de la lourdeur des postes, que sur l’étude d’une organisation transversale ; et qu’une réelle discussion puisse être proposée au synode régional, confiant dans notre capacité à trouver collectivement des solutions, pour que l’ensemble des paroisses puissent envisager un fonctionnement harmonieux de notre Eglise en région PACCA». Merci à ceux qui ont le souci de nous accompagner ainsi dans notre tâche par ces exhortations, ces conseils et ces suggestions. La réflexion a déjà commencé en quelques lieux. Le conseil régional a souhaité qu’elle se poursuive et s’approfondisse au cours de ce synode et il a prévu demain matin, un temps de groupes par consistoire car il nous semble que c’est à ce niveau qu’un travail peut s’initier et se développer efficacement. Vous serez invités à formuler librement des propositions, à ouvrir des pistes, à imaginer d’autres dynamiques et pourquoi pas… à rêver. Il ne s’agit pas de créer de nouvelles structures institutionnelles ni d’empiler des instances supplémentaires mais de profiter des possibilités d’expérimentation, pour un temps déterminé et dans certains domaines, que permet la mise en place de l’Eglise unie. Bien entendu, ces expérimentations n’auront de sens que si elles sont portées par une véritable démarche spirituelle ouverte au souffle de l’Esprit et à la liberté qui est la sienne. C’est dans la prière, la communion fraternelle, l’écoute respectueuse de l’autre et la soumission mutuelle, qu’il nous sera donné de discerner la volonté de Dieu pour notre Eglise et son édification, et non dans nos élucubrations collectives, nos fantasmes communautaires ou nos ambitions personnelles. Nous serons à l’école de l’humilité car nous ne maîtrisons pas et ne connaissons pas les aboutissements des projets de Dieu. Il s’agira néanmoins, si nous sommes convaincus, de mettre en œuvre ces expérimentations. Pour cela, il faudra vaincre des résistances, dépasser des peurs, surmonter des hésitations et surtout faire attention à chacun et ne blesser personne. Si le synode veut l’en charger et lui donner quelques orientations, le conseil régional s’efforcera de faire des propositions concrètes l’an prochain, afin que chacun puisse trouver dans notre région, l’espace communautaire qu’il recherche pour grandir dans la foi, entendre une parole de pardon et de réconciliation, être accueilli avec ses questions et ses doutes, et salué comme un frère ou une sœur dont la seule présence est un cadeau inestimable. C’est me semble-t-il au prix de ces efforts conjugués du synode, du conseil régional, des Eglises locales, des consistoires, que notre Eglise sera vraiment une Eglise qui relaie l’appel de Dieu.Petits et fragiles. Sur le chemin, Dieu t’appelle ! Mais aussi : Ecoute, Dieu nous parle ! Deux expressions qui s’ajustent l’une à l’autre et se complètent. Elles énoncent nos convictions les plus fortes ; elles proclament un Dieu qui nous précède et de qui procèdent toute parole et tout appel ; elles disent notre vie humaine au cœur du monde et la présence de Dieu dans nos existences ; elles fondent notre vocation particulière de croyant et elles affirment que Dieu parle à tout homme et à toute femme, quel qu’ils soient et quelle que soit la place que la société leur a attribuée, même la plus méprisée.C’est d’ailleurs ceux-là, ces petits et ces rejetés que je voudrais évoquer en terminant mon message. Si Dieu nous appelle, c’est aussi, et peut-être d’abord, pour que nous nous tournions vers eux et entendions leurs appels. Si Dieu nous parle, c’est aussi, et peut-être d’abord, pour que nous parlions d’eux et parlions pour eux. Il y a deux semaines, une vingtaine de chefs d’Etat parmi les plus puissants du monde se sont réunis dans notre région, à Cannes. Notre modérateur, pasteur en cette ville, vous dira que tout a été fait pour qu’ils ne croisent aucun pauvre. Tout occupés à contempler leur nombril européen, ils ont même oublié que ce sommet était convoqué pour s’attaquer aux inégalités dans le monde et amplifier la lutte contre la misère et la faim. Face aux intérêts des marchés économiques et au réalisme froid des Etats, soucieux de leur balance commerciale et découvrant tout à coup qu’ils ont dépensé plus que ce qu’ils n’ont gagné, il est certainement illusoire de penser que les Eglises peuvent infléchir la politique des nations mais il leur appartient je crois de se mobiliser chaque fois que l’occasion se présente, comme l’ont fait, en marge du G20, les communautés chrétiennes de Cannes à l’invitation du Défi Michée. Toute la Bible ne cesse de nous répéter que Dieu nous appelle sur le chemin de la justice, et nous resterions silencieux alors que sur la terre, deux milliards d’êtres humains vivent au dessous du seuil de pauvreté et que 900 millions d’hommes, de femmes et d’enfants se couchent chaque soir sans avoir mangé durant la journée ? Jean-Luc Mouton qui participait à l’animation de ce temps de sensibilisation et de prière, écrit justement dans l’éditorial du journal Réforme : « Il est remarquable que des milliers d’Eglises de par le monde éprouvent le besoin de rappeler aujourd’hui que les chefs des nations ne peuvent plus exploiter ni opprimer les pauvres. Un appel qui ne se résume pas à exercer la charité mais conteste radicalement la marche de l’économie, ses facilités insupportables, les paradis fiscaux, la corruption, l’exploitation sans limite des ressources minières… Si toutes les Eglises décident de faire entendre une autre voix dans ce monde, celle de la sollicitude de Dieu envers les plus vulnérables et les opprimés, nul doute qu’un autre monde soit possible. » Ecoute, Dieu nous parle… Sur le chemin, il t’appelle ! Je pense que la feuille de route nous est donnée. C’est à chacun d’entre nous et à chacune de nos Eglises locales, témoins d’une Parole qui a résonné dans nos vies, de la faire résonner maintenant autour de nous, sur les lieux de nos engagements, partout où nous nous sommes mis au service de l’Evangile, là tout simplement où l’appel de Dieu nous a envoyés pour assumer notre vocation de disciple du Christ. Et s’il advenait mon frère, ma sœur, devant la tâche qui t’attend, que le doute s’insinue, que l’inquiétude te gagne, que la peur t’envahisse, que le découragement te saisisse, laisse moi te redire la parole qui a retenti pour toi le jour de ton baptême : « Je t’ai appelé par ton nom, ne crains pas, tu es à moi ! ».Je vous remercie.Pasteur Gilles Pivot