Message de Pentecôte

Comprendre au lieu de stigmatiser

Livre de la Genèse 2, 7

Le SEIGNEUR Dieu façonna l'homme de la poussière de la terre ; il insuffla dans ses narines un souffle de vie, et l'homme devint un être vivant.

 

Evangile selon Jean 20, 19-22

Le soir de ce jour-là, qui était le premier de la semaine, alors que les portes de l'endroit où se trouvaient les disciples étaient fermées, par crainte des Juifs, Jésus vint ; debout au milieu d'eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous !

Quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent de voir le Seigneur.

Jésus leur dit à nouveau : Que la paix soit avec vous ! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie.

Après avoir dit cela, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l'Esprit saint.

 

Actes 2, 1-4

Lorsque arriva le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble en un même lieu.

Tout à coup, il vint du ciel un bruit comme celui d'un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils étaient assis.

Des langues leur apparurent, qui semblaient de feu et qui se séparaient les unes des autres ; il s'en posa sur chacun d'eux.

Ils furent tous remplis d'Esprit saint et se mirent à parler en d'autres langues, selon ce que l'Esprit leur donnait d'énoncer.

 

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MEDITATION

La Pentecôte pour la plupart de nos contemporains n’est qu’un WE prolongé. Or nous chrétiens disons souvent que c’est le jour du don de l’Esprit.

Pour le WE prolongé, c’est vrai mais cela n’est pas très biblique, et associer Pentecôte et le don de l’esprit, c’est faux et vrai à la fois ; faux dans l’évangile de Jean, car l’Esprit est donné aux disciples tout de suite après la résurrection, au moment où Jésus apparaît à ses disciples, donc bien avant Pentecôte.

Mais c’est vrai dans les actes, car le don de l’Esprit, c’est Pentecôte, littéralement 50e jour après la Pâque.

Hormis ces petites variantes de calendrier, l’événement est absolument le même, c’est le don de l’Esprit Saint qui avait été annoncé par Jésus.

 

Après la mort de Jésus, la question majeure qui se pose à tous ses disciples est :

Comment faire pour palier à l’absence de Jésus ?

 

C’était tellement facile quand Jésus était là ; il agissait, dirigeait le groupe des disciples, faisait le lien entre les humains et Dieu. Sa mort a plongé ses disciples dans l’inquiétude bien compréhensible de la suite, de la vie sans Jésus. Les disciples se sentent seuls car leur compagnon de route, leur ami et maître spirituel est remonté auprès de son père.

Comment garder la dynamique initiée alors qu’il était là ? Comment continuer à aller de village en village et opérer des guérisons, faire du bien et lutter contre le rigorisme religieux des pharisiens ?

Et puis, comment se sentir à la hauteur pour vivre en lien avec Dieu et annoncer sa résurrection ? D’après nos textes, les disciples de Jésus sont tous dans des maisons ; on les imagine parler de tout ce qui est arrivé ; peut-être raconter avec nostalgie des histoires du temps de Jésus…

 

Mais tout va changer pour eux avec le don de l’Esprit.

L’esprit, il en est question dans la Bible bien avant Pâques ou la Pentecôte. La première fois qu’on le trouve dans la Bible, c’est au commencement, en Genèse 2. Dieu façonne l’homme et lui souffle dans les narines un souffle de vie ; c’est le rouar hébreu, appelé Esprit dans le nouveau testament. Par le souffle de Dieu, l’être humain advient à la vie ; on parle donc de souffle créateur de Dieu. Souffle ou Esprit de Dieu qui donne la vie.

Le rôle créateur de l’Esprit se confirme dans nos textes, mais on va voir que l’Esprit fait encore d’autres choses :

Dans les actes, l’Esprit opère un changement radical : il met en mouvement et a un pouvoir relationnel ; ceux qui étaient dans la maison sortent sur la place et se mettent à parler dans des tas de langues différentes. Et ils sont compris par tous.

Qu’est-ce que cela veut nous dire ?

Une langue cela s’apprend, nous sommes plus ou moins doués pour l’apprentissage des langues étrangères, question d’oreille et de persévérance.

Alors que peut nous dire cette histoire d’hommes qui se mettent à parler des tas de langues différentes et qui se comprennent sans traducteur ?

Tout d’abord, c’est que, malgré l’absence de Jésus, Dieu ne reste pas silencieux ; il manifeste sa présence par son souffle qui se pose sur chaque disciple. Son souffle est créateur, comme dans la Genèse car Dieu renvoie les disciples hors de leurs murs, peut être hors de leur enfermement, et il les renvoie vers la vie en communion avec tous.

En effet, ils se mettent à parler dans des langues que ceux du dehors comprennent.

A pentecôte, l’Esprit nous donne de parler dans l’Église un langage audible et compréhensible par ceux de l’extérieur. Enfin on le souhaite… on le croit et on s’y emploie.

D’où l’importance de la Pentecôte, avec l’Esprit qui nous pousse à renouveler nos manières de nous adresser au monde.

Car en réalité, l’Esprit donné restaure une communion entre des groupes opposés ; en effet la communion humaine était rompue, car les juifs avaient fait condamner Jésus et regardaient ses disciples du Christ d’un mauvais œil.

A Pentecôte, Dieu s’attache à rétablir la communion entre tous, par le don de son Esprit.

Le rôle de l’Esprit dans la bonne entente entre humains, St Augustin l’avait souligné ; je le cite : « L’esprit saint est au cœur des relations entre humains. La présence de l’Esprit Saint est associée au commandement d’amour : aimez-vous les une les autres ».

L’Esprit reçu en ce jour de Pentecôte est donc créateur d’un renouveau relationnel. C’est l’Esprit de Jésus Christ intimement lié à son exemple et à son commandement d’amour. Il donne la capacité à chacune et chacun d’entre nous de comprendre autrui même s’il n’utilise pas le même langage que le nôtre, même s’il ne pense pas comme nous, même s’il croit différemment de nous.

Il nous permet de voir et recevoir l’autre avec bienveillance et compréhension.

L’esprit de Pentecôte est donc un esprit de paix et de communion. Que la paix soit avec vous dit Jésus au moment où il donne l’esprit à ses disciples.

C’est la paix pour l’accueil de la diversité, c’est la paix pour la communion entre les humains.

Je pense que c’est justement ce qui manque à notre monde aujourd’hui : arriver à vivre en communion malgré la diversité des discours, des pensées, des croyances.

On a plus vite fait de stigmatiser autrui en raison de sa différence plutôt que d’essayer de comprendre son langage.

La Pentecôte, c’est donc un peu la fête de la diversité. La diversité est une richesse car elle évite l’uniformité qui réduit les champs du possible. La pentecôte vise l’unité dans la diversité. Elle rejette l’uniformisation.

Je crois que c’est en cela que l’Esprit de Dieu est créateur, car il va à l’encontre de notre manière de penser, il nous pousse à nous ouvrir à un autre possible, diversité de langage, diversité de culture, diversité de religion. L’esprit de Pentecôte nous guide vers la communion avec les autres, c’est un aspect de la paix du Christ.

Rendons grâce à Dieu pour le don de son Esprit.

Amen.

Pasteur Corinne Gendreau,

pasteur du bassin d'Arcachon.

 

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Publié le 11 juin 2019

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