Des colonnes vivantes

Frère Dodji. Moine bouddhiste, mais européen. D’origine catholique, autrefois danseur. Maintenant responsable d’un monastère et enseignant la méditation dans la voie du Bouddha. Je participe à une retraite interreligieuse avec lui. Il cite les paroles d’Esaïe que nous connaissons bien par l’un de nos chants : « Vous bondirez de joie, vous marcherez en paix. Montagnes et collines éclatez de joie ! Et la nature entière et tous les arbres des champs battront des mains ». Lui qui a investi le corps dans la danse et maintenant dans la pleine disponibilité à l’instant présent, trouve dans ce texte un écho à ce qu’il recherche par sa pratique religieuse quotidienne. Voir le monde s’illuminer, percevoir le frémissement de joie des montagnes, la louange qui monte des arbres, la Vie qui bruisse de la nature entière. Elle est là. Nous en sommes issus. Puissamment reliés à elle. Pourtant le plus souvent inconscient de ce lien. Notre tradition protestante renoue doucement avec la dimension de la vie présente en toute choses, quand bien même elles ne restent que des « créatures » au regard d’une juste théologie biblique. Dans cette retraite, tout ne me parle pas. Certaines choses même me mettent mal à l’aise (lire un texte sans se soucier de son contenu, pour « se délivrer du mental » est un exercice pénible pour le pasteur que je suis, attaché à la valeur du Verbe). Mais je suis touché par ce pont et cet éclairage d’un texte de ma tradition. Il illustre bien ma propre pratique, chrétienne, de la mé- ditation.

 

Générer de l’oxygène !

 

À l’issue de ces journées en discutant avec un autre participant catholique pratiquant et engagé (mais ayant bien fréquenté notre Église), je ne sais plus comment il vient à me dire cette phrase étonnante : « Vous les protestants vous êtes des “colonnes” de la foi ! ». Que voulait-il dire précisément? Je ne sais pas trop. Un hommage à notre « ancrage » biblique qui serait comme un support pour toute la tradition chré- tienne ? C’est sans doute excessif ! Mais l’expression fait mouche. Oui nous sommes des colonnes. Nous tenons ferme une foi souvent décalée des critères du monde. Notre légendaire simplicité/austérité (c’est selon le point de vue) nous fait ressembler aux colonnes de nos temples. Nous tenons. Quitte à passer complément inaperçu dans le décor. Continuer de tenir notre foi, d’être reliés aux fondements est une qualité. Mais si c’est pour se transformer en colonnes de pierre, alors nous sommes déjà morts. En revanche si les colonnes deviennent « organiques », dotées de vie, générant l’oxygène de la vie sur terre, à l’image des arbres de nos forêts alors nous aurions retrouvé notre juste place. Je crois fermement que l’image de la vie vé- gétale doit nous guider pour le redé- ploiement de notre vie selon l’Évangile. Colonnes certes, mais animées de vie. Pas du mouvement incessant et désordonné de nos fourmilières humaines trop souvent déboussolées. Mais de celui, lent et patient, de la vie végétale. À travers les siè- cles, fabriquer du bon bois, de l’oxygène, de quoi bâtir sa maison et la chauffer, de belles branches pour s’abriter ou même pour grimper. Je serai heureux si par notre foi, notre témoignage et notre prédication, nous devenons ces « colonnes » là. Emmanuel Mourier, pasteur dans la Montagne du Tarn.

 

 

Prière

 

Seigneur, Tu as fait de nous des êtres vivants, Tu te réjouis de nous voir debout, à Ton service Et Ton service c’est celui du prochain Seigneur, Tu as fait de nous des êtres vivants Tu Te réjouis de nous voir joyeux devant nos vies « Même au travers des ombres, elles conduisent à Toi… » Seigneur, Tu as fait de nous des êtres vivants Cette vie que Tu nous donnes, nous la trouvons en Jésus-Christ Tu es le Créateur, Il est chemin de vie, Tu es notre origine, Il est notre horizon, un élan vivifiant Vivons, marchons, aimons, créons, c’est là Ta Gloire et Ton Bonheur Emmanuel Mourier.