Le bien et le mal

Le bien et le mal dans la Bible,

résumé

 

1) La fin de l'innocence

 

La question du bien et du mal, la question de la morale donc dans la Bible, commence de façon paradoxale puisque la Bible commence par un monde sans bien ni mal en Genèse 1. Dans ce monde, les hommes sont en harmonie avec la nature et avec Dieu, ils sont gardiens de cette création.

 

La morale est l'évaluation du monde, une interprétation humaine de la réalité, c'est dans cette interprétation que l'homme définit ce qui est le bien et le mal. Mais pour que cette morale puisse exister il faut que l'homme ai conscience de sa place dans cette création ce qui lui échappe totalement au début du livre de la genèse. L'homme vit simplement dans la protection de Dieu, sous ses conseils, il n'a aucune conscience de lui-même ni du lien qui l'unit à Dieu. Il est  ערום  c'est à dire qu'il est nu, innocent, dépourvu de conscience de lui-même et de son statut dans la nature.

 

Tout le récit biblique : les différents noms des personnages, leurs interactions, et leur punitions finales relatent l'éveil à la conscience humaine qui va lui permettre aussi un éveil moral.

 

L'arbre de la connaissance est la capacité à distinguer entre le bien et le mal (connaissance morale) mais surtout entre la vie טוב et la mort רע  c'est à dire que l'homme désormais a conscience qu'il est une créature, créature qui est donc une création et qui fait partie du tout de la nature. Il peut choisir de défendre cette vie en lui et autour de lui ou bien la détruire. Cette connaissance lui apporte donc aussi le pouvoir de choisir l'orientation de son existence.

 

Il est possible de comprendre tous les personnages de cette histoire comme des personnages d'une histoire mais aussi comme les différentes facettes de l'homme qui prend peu à peu conscience de lui-même.

 

Adam est le personnage qui désigne l'humanité l'origine de son nom : le glébeux le désigne comme étant directement connecté à la terre et à la nature.

 

Aish : l'homme désigne la volonté humaine alors que Aisha désigne l'aspect intellectuel humain

 

Le serpent, Nahash : symbolise la curiosité humaine qui va pousser l'humain à comprendre le milieu où il vit.

חוה qui est le nom de Eve après qu'elle ait donné du fruit défendu à Adam, signifie un enseignement, une connaissance, c'est l'humanité qui a désormais accès à la connaissance.

 

Tous ces personnages ont pour but de décrire l'élévation de la conscience humaine et le mot Haroum, qui désignait jusque-là l'innocence humaine peut désormais se lire Harom : c'est à dire la ruse, ou la sagesse. L'homme est devenu sage ou rusé pour la connaissance du bien et du mal mais cette connaissance va le sortir de la nature, car désormais sa trop grande conscience de lui-même en fait un être unique dans la nature en déséquilibre : mi animal, mi intellect, l'homme a du mal à savoir qui il est.

 

 

Avec le texte du déluge nous avons la suite du récit de la genèse qui répond à notre question : l'homme est désormais capable de choix moraux que va t'il en faire ?

 

Avec Cain et Abel la réponse est rapide : il ne va rien en faire de bon. Cain va tuer son frère par jalousie, impulsivité et céder à ses instincts violents.

 

La généalogie de Cain va symboliser la chute de l'homme dans cette violence tous les noms de la généalogie de Cain symbolisent cette déchéance humaine cela est très clair en voici un exemple :

 

Cain se voit protéger par un signe que Dieu pose sur lui : quiconque s'attaque à lui subit une vengeance 7 fois supérieure.  Ce signe est tout à la fois une protection et une malédiction pour l'être humain, car cette violence va se répandre et se multiplier la preuve : Lemech le descendant de Cain : quiconque l'attaque subit une violence 70 fois supérieure à celle de Cain. C'est à dire que la violence s'est multipliée et répandue.

 

Le texte biblique dit même que le cœur de l'homme est Rak, c'est à dire pourris et que son esprit devient chair. Dieu choisi donc d'éliminer la création afin de sauver ce qui peut l'être. Cette décision n'a rien de moral elle est de l'ordre de la survie de la création. Au niveau individuel elle est insupportable mais au niveau collectif elle se défend. Seul Noé (le repos de la violence) permettra un espoir pour l'humanité et un renouveau pour la création.

 

 

Pour répondre à cette question je vais prendre deux textes que je vais comparer côte à côte :

 

Le jugement de Salomon dans lequel il est question de juger deux prostituer pour savoir s'il y a eu vol d'enfant. Et la parabole du fils prodigue dans laquelle le fils aîné dilapide sa fortune et le fils cadet reste auprès de son père.

 

La logique des deux récits est la même :

 

1) Les acteurs de l'histoire ne méritent pas la grâce qui leur est faite :

 

Dans le jugement de Salomon les deux femmes sont en effraction vis à vis de la loi et ne mérite pas d'être entendu par le roi du fait de leur statut de prostituée ce sont donc deux pécheresses.

 

Dans la parabole du fils prodigue le fils aîné pèche contre son père mais le fils cadet en refusant la décision de son père lors du retour de son frère pèche aussi par jalousie contre son père et son frère. Aucun des deux finalement n'est digne de l'amour de son père.

 

 

Le roi Salomon va décider de faire couper l'enfant en deux afin de vérifier qui est la vraie mère de l'enfant alors que le père de la parabole va accepter de donner son héritage a ses deux enfants et de laisser partir son fils aîné vivre sa vie.

 

Les deux récits utilisent des procédés littéraires qui subvertissent la religion de leur époque : il était hors de question d'écouter des prostituer ou de découper des enfants en deux tout comme il était hors de question qu'un père se sépare de son héritage de son vivant dans le judaïsme antique.

 

Les héros de l'histoire par leur attitude sont une critique de la religion et de la justice de leur temps afin de montrer les limites humaines :

 

Dans le cas du jugement de Salomon la morale est de montrer que la justice humaine est bien souvent une vengeance

 

Dans le cas de la parabole du fils prodigue la morale est de montrer que les enfants soi-disant aimants agissent en fait par intérêt.

 

 

Les deux prostituées sont prises en compte par Salomon, celle qui a perdu son fils le récupère celle qui est menti n'est pas condamné pour ses actions. Il y a une profonde humanité dans ce jugement qui comprend la souffrance de chacune et essaie d'y faire face avec amour.

 

Les deux enfants de la parabole ne méritent pas l'amour de leur père et pourtant il va pardonner au fils aîné ses excès et son retour sans rien lui demander tout comme il prendra le temps d'expliquer les choses patiemment au fils cadet sans énervement. Le père se soucie des deux frères et les aiment autant l'un que l'autre sans mérites de leur part.

 

Conclusion

 

La bible parle de morale, du bien et du mal, elle l'évoque son lien avec l'homme et bien qu'elle affirme que l'homme est capable de choix moraux elle relativise énormément la capacité de l'homme à s'en servir correctement (dernier dialogue de Jonas)

 

La bible montre les limites de la morale et la difficulté de faire des choix qui demeurent humains en toute circonstance notamment lors de l'épisode du déluge.

 

Même si elle semble défendre au premiers abords une théologie qui est discutable moralement comme lorsqu'elle cautionne l'attitude de Jacob vis à vis de son frère Esaü, il me semble que la bible est la plupart du temps Amorale, car contrairement à ce que l'on pourrait penser elle opère à un autre niveau.

 

La bible défend l'idée de la grâce avant tout, c'est à dire de l'amour inconditionnel de Dieu, amour qui ne dépend pas des actions humaines et qui agit de la même façon avec le bon et le méchant. En ce sens la grâce n'est pas morale, elle est injuste, elle est magnifique à cause de cela. Car pour citer Nietzsche tout ce qui se fait par amour se fait par-delà le bien et le mal, et c'est un don du ciel que cela puisse exister...