LA REFORME DANS L'AUBE

Le temple au milieu du 20ème siècle

                          

L’Église réformée de Troyes au XVIème siècle

Le nombre de protestants n’est pas exactement connu.

Les assemblées réunissent de quatre à cinq cents auditeurs, parfois plus de mille. Lors de la première Cène, le 14 mai 1559, « il ne se trouva, selon Nicolas Pithou, que vingt personnes qui communicassent, quoy que l’Église fust composée d’environ troys centz personnes ». Mais la Cène de mars 1562 voit affluer six à sept mille participants et l’assemblée de la Pentecôte 1562 attire huit à neuf mille assistants, venus de partout. Les échevins, pour leur part, évaluent à un vingtième le nombre de protestants dans la ville. Nicolas Pithou, lors des troubles de 1562-1563, déclare au duc d’Aumale, gouverneur de la province de Champagne, en 1564, que la communauté comporte quatre à cinq mille personnes « quoique nous ayons par la malignité et cruauté de nos adversaires, perdu beaucoup des nostres ». Il précise que quatre cent cinquante chefs de famille réformés de la ville de Troyes, en 1562, furent recensés afin de payer la taille spéciale. En comptant cinq membres par famille environ, la ville, elle-même, compterait environ 2000 à 2 250 réformés au XVIème siècle. La population troyenne étant estimée à 24 500 habitants en 1548 et à 32 600 en 1570, pour décliner ensuite, les protestants constitueraient environ 8% de la population de la ville. Leur nombre est estimé à environ 10 000 pour tout le diocèse de Troyes.

Ces fidèles, outre Troyes, sont surtout localisés dans le pays d’Othe et Bar sur Seine.

L’Église de Troyes est organisée ainsi :

  1. un Conseil, composé de 12 membres qui se réunissent souvent. Mais l’existence de ce Conseil n’est pas mentionnée par Nicolas Pithou. Une École de théologie est ébauchée. Ses premiers élèves furent un médecin et un avocat. Les assemblées sont quotidiennes et se tiennent de nuit, sauf le dimanche où elles ont lieu en plein jour, une le matin, une le soir. Des médecins et apothicaires, des gens de loi et officiers royaux, des lettrés, des artistes se convertirent aussi à la Réforme calviniste.
  2. Les fidèles sont pour la plupart inconnus. Contrairement à d’autres régions, la Réforme protestante n’obtint pas de succès parmi le clergé troyen. En revanche, elle se propagea, à partir de la famille Pithou, parents et alliés, parmi les notables de la ville (ex  les échevins), mais surtout parmi les acteurs principaux de la vie économique. En effet, de nombreux marchands (drapiers notamment) et artisans (menuisiers, orfèvres, ferronniers, libraires, tisserands, potiers) ont adhéré à la Réforme.
  3. Les réformés troyens sont particulièrement nombreux, surtout les artisans, dans la rue Moyenne (actuelle rue Urbain IV) si bien que celle-ci était dénommée la Petite Genève.
  4. En 1571, les huguenots troyens obtiennent l’autorisation de créer leur cimetière au « Bourberant » (c’est-à-dire entre Beurnonville et la rue Viardin actuelle). 
  5. Les autorités, ne voulant pas l’exercice du culte dans la ville épiscopale, s’efforcèrent d’éloigner les lieux de culte : Céant en Othe (Bérulle) en 1563, Saint Mards en Othe chez le seigneur local (1570) ou Villenauxe en 1571. L’exercice du culte chez la marquise de Clèves, à Isle Aumont en 1572, entraîne des échauffourées à Bréviandes avec les catholiques lors des retours. Un culte a lieu avant 1572 chez le seigneur de Saint sous Margerie (pasteur Jean Thevenin)
  6. Les réformés troyens n’ont jamais pu édifier de temple. Il était interdit d’en faire dans les villes closes, comme Troyes (Édit de pacification de Saint Germain en Laye, janvier1562) et uniquement dans les faubourgs (Édit de pacification d’Amboise, 19 mars 1563). Les fidèles se réunissent donc en divers endroits de la ville, principalement dans les actuelles rue Urbain IV et Général de Gaulle (actuelles), chez des particuliers, dans une grange en location, au cimetière Saint Pantaléon ou dans les faubourgs (Croncels, Tauxelles, Saint Martin es-vignes) etc. Ces assemblées sont clandestines surtout au début.
  7. Deux sacrements y sont administrés, le baptême et la cène, et les mariés sont bénis.
  8. En cas de nécessité (par exemple pour se prononcer sur la demande de Caracciolo), une assemblée extraordinaire réunit le Consistoire et « d’autres bons personnages de l’Église ».
  9. 2. un Consistoire formé de quinze surveillants ou anciens s’assemblant avec les ministres une fois par semaine s’occupe plus spécialement de l’exercice du culte. Chaque surveillant, aidé par un avertisseur, s’occupe d’une partie de la ville.

 La Saint Barthélemy troyenne

(4 septembre 1572)

La nouvelle du massacre de la Saint Barthélemy parisienne (24 août 1572) parvient à Troyes le 26 août. Dès le lendemain, le 27, les protestants troyens cherchent à se sauver ou se cacher. Malgré les portes de la ville gardées afin d’empêcher leur fuite, certains purent s’exiler. D’autres sont assassinés dès ce jour.

Le bailli de Troyes Anne de Vaudrey, sieur de Saint Phal, dévoué au gouverneur de Champagne Henri de Guise, ordonne de rechercher les protestants. Les huguenots emprisonnés sont égorgés, sur l’instigation du bailli, par ses hommes de main (le bourreau ayant refusé).  Ainsi 45 périrent (chiffre certainement supérieur). Le 5, les assassins se partagent les vêtements des victimes. Anne de Vaudrey publie alors les lettres du roi, datées du 28 août, interdisant les tueries. Le bailli, de connivence avec le porteur de ces lettres, les a gardées secrètes le plus longtemps possible.


Les Églises dans l’Aube

1559 : l’Église calviniste, jusque-là simplement « plantée » est « dressée » à Troyes. Elle est donc institutionnellement reconnue par les autorités genevoises et par le consistoire de Meaux. Elle ne pourra jamais avoir un lieu de culte officiel. Cette Église disparaît à la fin du XVIème siècle, mais le relais est repris par les Églises de Saint Mards en Othe et Landreville qui se maintiennent pendant les trois quarts du XVIIème siècle.

1859 : un temple est inauguré officiellement à Troyes où le protestantisme est renaissant après une longue éclipse.