TEMPLE DE TROYES

Le temple est inauguré officiellement à Troyes en 1859.

                  

1859 : un temple est inauguré officiellement à Troyes où le protestantisme est renaissant après une longue éclipse.

Le nouveau temple s'élève à quelques pas du château où de nombreux protestants ont été massacrés en 1572, après la Saint Barthélemy parisienne.

Les travaux de construction sont adjugés à l'entreprise troyenne Fourot frères. Entrepris le 1er décembre 1857, ils sont achevés le 1er avril 1859. Le temple est inauguré le 19 mai suivant. L'ensemble des bâtiments - lieu de culte et presbytère - revient à 95 596 francs, y compris le terrain de 1 200 m2   cédé par la Ville de Troyes en 1856 pour un peu plus de 25 000 francs. Le gouvernement impérial contribue à la dépense pour 41 000 francs, la ville pour 11 500 francs. Le surplus reste à la charge des religionnaires qui, depuis 1851, collectent à cet effet des fonds déposés au Comptoir d'escompte de Buxtorf Aîné, banquier qui est aussi le trésorier du conseil presbytéral.

Le temple est l'œuvre des architectes troyens H. Boulanger et E. Garrel qui utilisent la pierre, la craie, la brique, l'ardoise et le zinc dans sa construction. Comme beaucoup d'édifices cultuels édifiés au XIXe siècle, il imite l'art roman. Il est établi sur le plan d'un carré long, percé sur chaque face latérale de quatre fenêtres étroites en plein cintre. Sa façade est monumentale. La porte d'entrée possède un tympan sous voussure surmontant un linteau droit. Au-dessus, trois fenêtres cintrées sont rangées sur la même ligne. Un fond en damier champenois et un oculus dominent celle du centre. L`ensembles ainsi formé s'encadre entre deux éperons soutenant une tour carrée.

Cette tour, assise en œuvre, au sommet du pignon, est percée sur chaque face de baies plein cintre géminées comportant des abat-sons. Elle est coiffée d’une flèche ardoisée à huit pans, percés de chiens assis à la verticale des façades et flanqués de clochetons aux quatre angles.

Le presbytère est réparé en 1879-1880 et alimenté en eau courante. En 1889-1890, le temple fait l'objet de travaux de restauration menés par l'architecte Moyen Elchingen.

Il en coûte 10 000 francs, répartis entre la communauté (7 000 francs) et l'État (3 000 francs). En 1895, un mur de soutènement est établi le long du ru Cordé afin d’empêcher les eaux de miner le terrain sur lequel est édifié le lieu de culte.

Une sobriété voulue

le temple étonne par sa modestie et sa nudité. La décoration extérieure consiste en modillons, moulures d'archivoltes et petits chapiteaux. L'intérieur est dépourvu d'ornements. Le protestantisme, préoccupé de la pureté du sentiment chrétien, redoute en effet les confusions qui pourraient amener à substituer des impressions artistiques à l’impression authentiquement religieuse. Aussi la tradition réformée écarte-t-elle toute image concernant Dieu, Jésus-Christ et, surtout, la Vierge et les saints, pour ses derniers la tradition biblique ne permettant pas d'établir le culte qui leur est adressé.

Le mobilier religieux est réduit à quelques éléments. Le temple s'organise autour de la chaire et donne une place centrale à la Bible, outil de base et fondement de la vie de tout protestant selon le principe "l'Écriture seule et toute l'Écriture". Le dimanche, le prédicateur est le plus souvent le pasteur théologien qui aide et stimule la recherche de chacun. Il est l'animateur de la communauté et ne possède aucun pouvoir particulier. Au nom du sacerdoce universel, tout ce qu'un pasteur fait, un laïc peut le faire s'il en est chargé par la communauté : sacrements du baptême et de la cène, culte, bénédiction des mariés, obsèques.

Les réformés ne conservent comme sacrements que le baptême et la sainte Cène dont les origines bibliques ne sont pas contestables. Les fonts baptismaux sont utilisés pour les baptêmes d'enfants ou d'adultes. L'introduction du nouveau-né dans l'Église se fait par l'aspersion et la prière, mais aussi par l'engagement des parents, du parrain et de la marraine. Cet appel à l'action familiale dans l'œuvre de salut fait du baptême le "sacrement de l'éducation". La sainte Cène est célébrée sur la table de la communion sur laquelle une Bible en français est ouverte. Le pain, le vin, et le jus de raisin sont les éléments partagés par tous.

Après la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905, et après inventaire de ses biens, la communauté se constitue en 1906 en association cultuelle sous le nom d’Église réformée de Troyes et Aube.